Mon Embrunman à moi

Un peu d'histoire (ou comment se retrouver là …finalement)

- Mai 1998, je dispute mon premier triathlon : le promo de la Grande Motte, un grand souvenir.
Fin août je suis à l'arrivée du CD d'Annecy : complètement caramel mais conquis !!!
- Août 1999 : je suis à Embrun au camping du petit Liou, accompagnant Eric Monnet pour son premier Embrunman. Pour ma 2° saison de tri, j'ai voulu faire un grand saut et passer du promo au Courte distance., puis, un mois après, au Moyenne Distance. en me lançant sur la bien nommée savoy'hard (début juillet). Une image restera de cette aventure : c'est dur !! 2 heures et même plus pour arriver au terme des 20km + une semaine suivant l'épreuve dans le " coltar " m'ont gentiment freiné dans mes ardeurs. Je suis donc largement impressionné par le menu qui attend Eric. Cette année là, je ne découvrirai rien du parcours vélo. J'accompagne un peu Eric en course à pied (à VTT) et surtout ( ce qui n'était pas prévu) l'épopée d'Anthony Ponsoda. Anthony, qui s'est préparé toute l'année pour l'épreuve puis qui a fait la sieste au pied de la côte de Chalvet, qui est arrivé au parc à vélo 2min avant le délai et qui alterne sur son marathon des parties où il galope et des siestes suite à ses hypos récurrentes (vu qu'il n'arrive à avaler que des " vichy menthe " que je cours lui chercher dans les bars ). Je l'abandonne en compagnie d'Yves Lauriou vers 21h30, il ne lui reste que 10 bornes, il mettra un " certain " temps à les faire. Le soir même je ne me souviens pas que l'expérience ainsi menée, m'ait donné le goût de la chose.
- Août 2000 : Cette saison est particulière : ayant passé l'année à Vassieux, je n'ai pas nagé et me contente donc de nombreux CD. L'expérience Savoy'hard est encore bien présente dans ma tête et je ne suis pas prêt de remettre le couvert. Je constate définitivement que je ne suis pas d'un profil de grimpeur, et que ce sera compliqué de le devenir. Je m'en sors bien quand c'est court, mais dès que tout se rallonge, je surchauffe. De même en course à pied, ma foulée de grands ciseaux se réduit à peau de chagrin dès que ça grimpe, ce n'est donc pas le meilleur profil pour devenir un futur Embrunman. Mais quoi qu'il en soit, l'éventualité ne naît même pas au fond de mon cerveau. Je suis donc de nouveau en spectateur sur les bords du lac d'Embrun. Cette fois-ci je me frotte la veille du jour-J au col de l'Izoard : sympa tout de même …la vue en haut. Mais à savoir ce qui m'attendrait après, j'en ai toujours pas envie. Mon rôle d'accompagnateur me plait bien. Je navigue à VTT sur le parcours du marathon pour encourager Eric et lui donner des écarts. " P……ce qu'il fait chaud en plus, moi je ne pourrai jamais courir avec de telles températures. "
- Août 2001 : Je suis encore là au sein du " clan-Monnet " et j'ai récupéré le rôle du pilote Moto. Mon souci n'est pas d'ordre sportif ou physique, le seul problème, c'est que j'ai appris seulement la veille à piloter une moto de 125cc (avec des vitesses, une vraie quoi !!). C'est Pierre Dorez qui en fera les frais puisqu'il fait le passager sur la première boucle de vélo (en tongs, t-shirt et short, il s'est bien pelé), essuyant avec brio les " rétrogradages inversés " ou pire encore les montées de vitesse à l'envers ( à fond de 3°, on passe la …………2° !!). Nicole prend le relais pour la suite et là je découvre le bazar. La partie suivant l'Izoard me bluffe. J'ai l'impression que ça ne finira jamais. Il fait chaud. Dès qu'on s'arrête 5 min, on sue comme des phoques ( Bon d'accord on était aussi habillé comme des eskimos, mais bon !). Dans Chalvet, je fais même un joli tout droit dans un virage ….en montée (vous savez le bien raide après les maisons ) ….mais où sont-ils allés chercher tout ça ?? Je bafouille un récit de la course d'Eric que je conclue par un " Moi en tout cas jamais de la vie !!! "
http://perso.orange.fr/tri.valence/embrun.html. Je finis tout de même ma saison par un retour au " long " : le MD de St Raphaël à la 23° place avec de supers souvenirs !!
-Août 2002 : On remet le couvert. Cette fois-ci on a loué un bungalow pour la semaine avec les Monnet's, et je prépare activement la savoy'hard (Oh oh !!) prévue pour la fin Août. Je me frotte donc un peu plus au parcours vélo, mais le tout à petites doses ( en tranchant le parcours). Je chope une bonne gastro à deux jours du jour-J, mais je ne crains pas de la refiler à Eric, c'est lui qui me l'a donnée. Je suis désormais un grand pilote moto. Eric va pouvoir cette année, compter sur le soutien d'une belle équipe de TGVR avec Philippe Brissaud et Bernard Charrol (3° par équipes au final). A la savoy'hard, je m'en sors pas trop mal mais ce n'est pas dans les ascensions que j'ai gagné des places. Je suis plus à l'aise début Octobre à La Ciotat sur un profil de rouleur.
- Août 2003 : Ma belle étant alitée (pour cause de contractions précoces) je ne fais pas le déplacement et suis la course par reporters interposés. C'est ma plus grosse saison en terme d'entraînement et de courses. Mes " Personnal Bests " datent à peu près tous de cette année là. Je nage 4 fois par semaine, cours au moins 3 fois et pédale de 2 à 3 fois par semaine (7000 km entre janvier et septembre). Je fais une grosse saison sur le " court " avec une expérience un peu moyenne au LD du tri sapin ( à cause de la chaleur entre autres). Par contre, je monte à Embrun pour le dernier jour du stage et fais le parcours vélo entier lors de la reconnaissance. Je finis bien le truc, je suis toujours aussi nul dès que ça grimpe mais me dis que ça pourrait peut-être se faire de courir après, …………..mais alors dans un autre pays alors, ……..parce qu'il fait vraiment trop chaud !!
- Août 2004 : Je prépare la dernière édition FFtri de Nice. Si je veux faire un long avant de passer peut-être un jour à un Ironman, c'est la dernière occasion, …mais je ne me vois toujours pas faire Embrun. Cette expérience niçoise me laissera vraiment un superbe souvenir. Pourtant je n'ai repris le vélo qu'en Mai (arrivée de la petite Anna plus construction de la maison obligent)
- Août 2005 : La saison est un peu fade, sans grosse motivation. Je cours les CD de la région avec de piètres performances. N'ayant pas pu m'inscrire sur le CD d'Embrun, je ne fais pas le déplacement et laisse les 13 valentinois à leur bonheur de finishers.

2006 : Je ne me décide que vers la mi-mars, après une " saison " de ski de fond avec entre autres la foulée blanche (super !!) et la transjurassienne (bof !!) qui aurait pu (du ?) me donner un bon foncier. Mais lorsque je remonte sur le vélo, je n'ai ni puissance, ni vélocité = tant pis !! Cette période est suivie d'une période sans vélo (pas de monture), combinée avec un mois sans course à pied suite à une douleur au genou gauche du genre arthrose. Les séances de fractionné à pied passent un peu à la trappe (je le sentirai d'ailleurs toute la saison). A ce moment là, je décide de me lancer quand même pour Embrun… tranquillement, de toutes façons y'a pas grand chose d'autre qui me motive et si je pars dans la même optique qu'en 2005, ça va pas faire des étincelles !!! J'oublie les courses de début de saison, et prends mon temps pour revenir en forme. Le sprint d'Echirolles est une cata, le CD de Roanne se passe mieux, et le MD de Dijon m'encourage définitivement. Entre temps, la nouvelle est tombée : nous serons un de plus chez les Micoud en 2007. " Alors avec 2 mouflets en bas-âge, Luc, oublie les Ironman pour les années futures". C'est donc l'année ou jamais !! Le gîte est réservé pour 15 jours à la suite de la course. On s'installe un peu loin d'Embrun (vallée de l'Ubaye) mais je veux pas encore faire bouffer du Embrun à la famille après la course. Donc si je ne le fais pas, je serai une nouvelle fois en spectateur et j'aurai bien les boules. Nouvelle raison de ne pas renoncer.

La préparation :

Natation : Cette année, avec 2 séances par semaine j'ai nagé encore une fois de moins par semaine que les années précédentes (soit deux fois moins qu'en 2003). Les chronos s'en ressentent, mais je me dis que pour Embrun, la nat, c'est le " prologue " et si je nage pas trop bien, ça m'évitera aussi de sortir avec les cadors (hi hi !). L'été venue, je mettrai un peu plus de volume en nat et ça devrait suffire.
Vélo : Le vélo est arrivé tard. Après une période sur le mulet de PR (merci le vieux) puis sur un " clou " prêté par Mallarte, le BH arrive tout beau tout neuf en avril et la motivation avec. Là encore, je sais depuis longtemps que je ne suis pas un grimpeur (surtout quand c'est long) . Je déteste la danseuse, je suis pas top véloce. Il faut donc que je compose avec cela et que je grimpe " à l'économie ". Je vais donc gentiment bouffer du vercors (ça tombe bien j'habite au pied) et " Alea jacta est ".
Course à pied : En course à pied, j'attaque mes premières séances de VMA alors que tout le monde a fini son cycle. J'ai donc fait une jolie coupure après le ski de fond et c'est là que mes mystères cardiaques vont débuter. Lors de toutes mes séances, le cœur ne montera jamais très haut, malgré mes efforts. Maxi : 175 puls ce qui correspond pour moi à des FC de seuil. Pour comparaison, j'ai fait les 2h40 de la foulée blanche à presque 180 puls de moyenne en étant jamais en dessous de 185 en montée et avec les premiers kilo à 189. Habituellement sur les séances VMA je suis toujours au dessus de 180 voire 190. Je suis patient, je fais bien, cela revient un petit peu sur la fin. Je n'ai donc que deux séances de seuil en arrivant à Echirolles, c'est pas grave vu qu'ils me font péter en vélo (gloups).

Juillet :

Après Dijon, trois jours de repos sont au programme, même si je suis impatient de débuter la préparation finale. Début de la prép. avec une semaine dans le Jura en compagnie d'un joyeux sparring partner en càp : mon neveu Sacha qui m'accompagne en VTT. D'ailleurs la séance de VMA fut assez ludique. Un grand tour d'une heure à papoter puis passage par la pelouse du stade du village. 10x1 minute + récup 1 minute deviennent alors 10 tours de stade + récup = deux penaltys chacun, etc…..ça passe tout seul. A la fin de cette semaine (20h) on apprend que Toma vient de s'inscrire pour Embrun, il nous rejoint pour le week-end et on le met tout de suite dans l'ambiance avec une belle sortie VTT enchaînée sur une heure à pied. Retour à Chabeuil, certains sont déjà au stage. La chaleur est arrivée. Alors le matin c'est lever 6h30 pour partir à 7h. Je réussis à accomplir la semaine de stage, (presque 30h) accompagnés par Lilian, Toma, et/ou Jérôme selon les emplois du temps de chacun et en supportant la chaleur. On termine la semaine par une très grosse sortie dans le vercors (185km) avec une très grosse chaleur mais un moral en béton. J'évite de me demander à quoi va ressembler le marathon en plein cagnard, et je décolle pour Embrun rejoindre les stagiaires pour la 2° semaine.

Le stage :

La grosse semaine de plus de 35h est passée presque comme une lettre à la poste. Exceptée une grosse fatigue lors de la première sortie longue à vélo dans le 2° col de Varces au retour de la Bonnette, avec les taons qui me piquent le postérieur à travers le cuissard, mes pieds qui chauffent tellement que je pédale les pieds en dehors des pompes, les lunettes que j'envoie dans le fossé en voulant chasser une mouche, et le compteur qui a perdu son 2° chiffre depuis longtemps,…. heureusement au somment les copains ont déjà commandé un coca pour moi. Excepté cet épisode là, donc, le reste s'est toujours bien déroulé. Pas de douleurs au genou ou aux tendons d'Achille, pas trop de courbatures, ni d'envies de sieste à toute heure. Je m'attends à dérouiller en fin de semaine, alors je ne fais pas les entraînements facultatifs, mais finalement même la reco se passe bien, je lâche même un peu les chevaux dans Chalvet et sa descente.

La reconnaissance du parcours vélo :

Effectuée en conditions de course, je pars 3 minutes derrière Florian Calais (12h50 en 2005) et Seb Roizot qui ont filé à l'anglaise. Et je les reprends au pied de l'Izoard (détail important pour la suite). Je suis constamment en allure1 c'est à dire à moins de 150puls pour moi, et je grimpe l'isoard en 1h13. Le jour de la séance de " Lance Armstrong",durant laquelle nous avons grimpé trois fois l'Isoard en étant plus rapide à chaque passage, j'ai grimpé le col en 1h20 au premier passage, en parfait touriste avec le cœur à peine à 130 (al 1-). La deuxième montée s'est faite en 1h12 en restant toujours en dessous de 150 (al 1), et la troisième " à toc " en 1h02, mais sans pratiquement jamais dépasser 160 (al2-) (de toutes façons le cœur ne veut pas, et c'est bien normal !!). Pour le moment tout correspond. Sur la fin de la reco, même si j'ai mal aux jambes (depuis le début d'ailleurs) je réussis à mettre du braquet et finis l'aventure en 7h38. Si l'on considère le temps perdu aux arrêts " fontaine " pour le ravito, l'arrêt " assistance " pour le pneu crevé de Seb et les trois arrêts éclairs pour tremper mes pieds surchauffés dans les fontaines, on peut penser faire quelque chose autour de 7h30 le jour-J. ce qu'Eric m'avait prédit.

L'affûtage :

Bouh, que c'est long et difficile !!
…..cette impression de ne plus avoir rien à faire d'autres que d'attendre le jour-J.
Ah si, le 3 août je cours le tri de l'Alpe d'Huez en respectant les consignes du coach. C'est à dire faire la natation à l'envie (al 2+), vu la T° de toutes façons, on a fait au plus court ; puis le vélo en allure 1, je perds 100 places dans la montée et la càp idem. On laisse le frein à main jusqu'à l'allure 2- pour se dérouiller un peu. Je finis avec Lilian, content de cette belle épreuve et pas du tout entamé pour la suite. Je profite des semaines précédant l'épreuve pour régler les détails matériels. Une bonne paire de semelles spécifiques pour le vélo vélo me font oublier les échauffements de pieds, je bricole mon shorty pour qu'il ne me serre pas trop les cuisses en course à pied et ma ceinture porte bidon pour qu'elle ne se détende pas en route (même si " Maman " a fini de coudre les vélcros la veille de la course à 22h). J'ai trouvé les chaussettes idéales. Et je pense aussi avoir trouvé la " recette " pour mon alimentation. J'ai passé le stage à comparer les compositions, les goûts et les tolérances des barres, gels, sandwichs, et autres boissons, j'ai fait un bon mix sur la reco, que je compte bien remettre au menu le jour-J. Dernière visite chez Mallarte pour changer la chaîne et régler les dérailleurs (encore merci à eux pour le vélo BH cette année !!). Je crois ne rien avoir laissé au hasard. J'ai décidé de courir le marathon avec un maillot de vélo. J'y vois plusieurs avantages : des poches facilement accessibles et pas limitées en contenance, une protection accrue contre le soleil et la superbe marque de débardeur qui nous est promise. (et ce d'autant plus que j'ai une cicatrice d'un grain de beauté sur l'épaule à protéger), le fait qu'on n'ait pas le singlet trempé et collé au torse pendant 4 heures, et la possibilité d'ouvrir mon maillot vélo en grand durant le marathon si vraiment trop chaud.
Les derniers jours sont sympas. Je me sens bien, sans trop chercher à interroger mon corps sur ce qu'il a sous le capot, de crainte de n'y trouver que des mauvaises sensations pas forcément révélatrices. Par contre un méchant bouton (poil rebelle), me fait un peu peur la dernière semaine à l'intérieur du genou gauche, mais se résorbe à deux jours du jour-J après " explosion "

La veille :

RV le matin à 10h30 aux dossards avec Matt White à qui je dois confier un bel habit de lumière pour le jour J. Je récupère mon dossard, le T-shirt est comme l'affiche : un modèle de contre exemple pour les écoles de com. On y voit rien, la police de caractères est illisible et y'a un max de vide sur les bords des sujets. L'après-midi je reviens sur Embrun après avoir ramené la petite famille à Lauzet et là heureusement que Sylvain me fait le taxi parce que le double aller-retour en voiture est en train de me fatiguer un peu. Dépôt du vélo, photo de famille avec les TGVR. Malgré les propositions de changements de date, les changements de point de RV à la dernière minute, et l'arrivée " Croisette " de Lilian Valette on arrive à être 18 sur la photo !! Un petit paquet d'anciens TGVR finishers sont là aussi pour nous soutenir : cool, on va en avoir besoin ! Retour au gîte, prépa du matériel et des sacs de bouffe. Toma fait de même, on échange quelques idées, mais on va pas du tout dans le même " resto ", donc…

Le jour-J :

Lever 3h15, pour un départ à 3h40, suivent 30 minutes de route et on est pratiquement les premiers au parc avec Toma.
Préparation tranquille, chaque chose doit être à sa place. Il fait froid, mais je n'ai plus de souvenirs des autres années, donc pas de moyen de comparaison. Le silence règne, la tension monte !
La petit musique " suspens " arrive dans le parc, les speakers commencent à interroger les gros dossards, puis c'est au tour des filles d'aller se mettre à l'eau. A ce moment, le speaker cherche à réveille le public qui, on le sent bien, ne veut pas encore délaisser le silence du parc à vélo et suit plutôt l'attitude des concurrents masculins toujours aussi silencieux. L'ambiance reste donc très calme, comme on les aime ici. Les fameux applaudissements d'avant départ sont alors un peu loupés (" Trop pressé de faire monter la sauce Speaker Oliv' !!! " ), je suis assez serein, je me dis que c'est tellement long, qu'il n'y a pas de raisons de s'affoler. Je suis sur la gauche, pas très loin du premier rang, je compte partir un peu fort pour ne pas prendre trop de coups. Lilian m'a filé un tuyau : une petite bouteille d'eau emmené au départ me permet de mettre la combi à bonne température, vu que je n'ai pas l'intention de m'échauffer dans l'eau. Ca me rafraîchit aussi les idées et évacue le stress naisant.

Natation :

Le départ donné, je marche le plus longtemps possible dans l'eau avant de commencer à nager (" C'est que je suis grand moa !! ") et là c'est un peu le " totale-fight ". Pif, paf, mais oh on n'est pas des footeux tout de même !!!! Puis la meute se déporte trop à gauche, vers les torches des canoés, et on passe bien loin du ponton. La difficulté arrive de suite après le ponton, quand la meute vire beaucoup trop à droite. Je suis bien coincé au milieu et n'ai donc pas trop le choix : suivre ou me faire plier en quatre. Un de mes gentils voisins prendra une légère tape derrière le melon, histoire de lui apprendre que quand il sent qu'il prend appui sur mon épaule, il devrait se dire que ce n'est pas très sympa et qu'il n'est pas obligé en plus de me couler, (" Non mais oh !!! ") et la bagarre continue. La second bouée passée, ça se tasse, mais j'ai du attirer tous les mauvais " orienteurs " du jour qui prennent un malin plaisir à me couper la route. (" C'est Nico Gomord qui m'a envoyé ses hommes de main, j'en suis sûr !!! ") Le retour permet enfin de se calmer. Je repense à Bernard Charrol qui disait trouver magnifique le lever de soleil sur les cimes environnantes et j'essaie de jeter quelques coups d'œil. " Prendre du plaisir " sera mon credo pour cette journée, je l'ai dit, alors appliquons la maxime. Sur le retour, je sens le col de ma combi me serrer un peu trop le kiki et le gastosport remonter dangereusement à la surface. J'aimerais bien ne pas être obligé de faire mon entrée dans le club Manu-Chabannes qui dépose chaque année son gatosport à mi natation. Tout ceci ne facilite pas ma " prise de plaisir ", mais patience !!! Je commence à me dire qu'à Nice c'était plus sympa !!! A la bouée qui marque la fin du premier tour, je jette un coup d'œil à la montre qui me dit 29'…. Donc ça devrait être possible de finir l'affaire en 1h. Le 2° tour est plus " aéré ", mais le froid commence à me gêner. Et c'est là qu'on repense au dernier affichage de la balance : 72kg avec moins de 10% de masse grasse, c'est pas ça qui va me tenir chaud. Seule solution, ne pas s'endormir, garder le rythme, et quitter la flotte le plus vite possible. Sitôt dit, sitôt fait, on retrouve non sans mal la position debout sur la plage. N'oublions pas le coup d'œil au chrono. Que dit-il ?? 1h00. Eh ben voilà une bonne chose de faite. J'enlève immédiatement ma combi et là j'ai l'impression d'avoir d'un seul coup transposé toutes les hautes alpes 6 mois plus tard en plein mois de Février. Mais c'est la transju ou quoi ?? Le froid me saisit, et comme en plus je cours (" Eh oui ") , ça me glace tout le corps, je frissonne comme un qatarien (ou qatari je sais plus) égaré aux JO de Turin. Arrivé à mon petit emplacement j'enfile les manchettes, le maillot vélo, le coupe vent et à cet instant j'ai une pensée émue pour mon peignoir préféré que j'aurais bien enfilé avec joie lui aussi. Lilian était sur le départ quand je suis arrivé, c'est à peu près normal au vu de la saison. Gardons nous d'essayer de le rejoindre, la 2° maxime du jour étant " Les œillères Mémère, les œillères !!! ". Autrement dit : " Fais ta course sans te soucier de ce que font les autres !!! ". Casque, (les lunettes de soleil sont scotchés dessus) chaussettes, chaussures. Il est rare que je n'enfile pas mes chaussures sur le vélo, mais là, le parc est assez gravilloneux et j'ai pas envie de coller à mes chaussettes quelques gentils spécimens de graviers embrunais qui me pourriraient la journée. De plus, la sortie du parc sera à coup sûr très embouteillée et la montée raide arrive très vite. Avec ma 2° petite bouteille, j'ai bien lavé mes pieds avant d'enfiler mes chaussettes, parce que les graviers dans les chaussettes, c'est pire (2° conseil Valette). Je suis parti les poches pleines, avec un ravitaillement conséquent. J'ai déposé dans mon sac pour l'Isoard la copie conforme de ce frugal déjeuner, comme ça je ne prendrai que ce qui m'a plu jusqu'alors. Comme je suis bon seigneur, je vous livre la composition secrète du panier garni : 1 power bar tout chocolat, 3 Barres Regain chocolat blanc fruits rouges, 4 mini sandwichs jambon/st Morêt/pain de mie pour changer de goût un peu plus que pour recharger les accus , 3 paquets de " Goûters chocolat " CEREAL, 2 gels Energix Overstim pomme, 2 tubes " Elixir for mi Overstim ", et 1 ou 2 barres Isostar) PS : Si Eric m'avait attendu, j'aurais pu lui en donner un peu !! Puis j'ai deux bidons pleins de Maxim Neutre + malto. Le départ vélo est comme prévu difficile. J'ai vraiment froid, surtout dans le faut du corps. J'ai nagé avec mon cuissard vélo sous la combi. Je ne voulais pas faire le vélo en shorty, ni avoir un maillot de bain sous le cuissard vélo (double couche = plis = irritations assurées), et pas non plus avoir à me dépoiler entièrement dans le parc après ma nat. N'ayant pas eu le temps de bricoler un maillot de bain full-monty que j'aurai pu enlever une fois le cuissard enfilé sans faire une " Manu-Foucher ", j'ai donc choisi cette option qui ne me procure pas une grand chaleur là où il faut sur le début du vélo.
Interlude : Spécial hommage à Manu Foucher qui, n'ayant pas serré la ficelle de son maillot de bain (mais alors pas du tout) et ayant décidé de quitter sa combi sitôt le premier orteil posé sur la plage, a alors largement offert son anatomie à la vue du public. Et comme ça flashait dans tous les sens, il se pourrait que quelqu'un ait couché ça sur la péllicule. C'est également une des raisons qui m'ont conduit à ne pas me lancer dans la confection d'un maillot de bain à scratch. Velcro et eau ne faisant pas bon ménage, je craignais aussi que le maillot de bain s'enlève beaucoup plus vite que prévu.

Vélo :

Revenons à nos moutons lancés dans l'ascension des puys. Tiens voilà la famille Micoud qui m'encourage fortement. Super sympa !! Le clan Micoud a même fait des banderoles J'ai juste le temps de leur dire que j'ai froid. Voilà Mathieu Dussartre, puis plus loin c'est Fred et Pierre Dorez, et Fred Roujol qui s'époumonent. Je leur fais la même remarque. Je compte sur ces jolis pourcentages pour me réchauffer et ça marche plutôt pas mal. Par contre la fréquence cardiaque est plutôt haute, mais je ne m'affole pas encore, c'est " l'effet départ ". Certains me doublent comme des balles,…en soufflant comme des phoques. Mais ils vont où comme ça ??? ils vont tenir 10 heures à mach12. Allez promis on les ramassera à pied !! Ah !! En voilà un pour qui c'est normal : Vincent Aldebert (champion de France de duathlon LD) qui s'est lancé un défi sympa, et qui est collé par un joyeux drafteur tout en relances (qui n'a pas du drafter longtemps d'ailleurs). Je double un gars qui m'encourage " Allez Luc !! ", je ne reconnais pas Hugues Rousset d'Anneyron. Arrivé au premier point de chrono (j'ai en mémoire mes chronos de la reconnaissance), j'ai 2min d'avance, mais aussi une terrible envie de me soulager la vessie. Déjà ? Mais quoi de plus naturel en sorte, l'eau froide fait son effet. Le problème, c'est que je vais m'arrêter pas moins de 5 fois sur le premier tour vélo de 40km (sans avoir bu grand chose ni avant le départ, ni au début du vélo, …..peut-être ai-je bu la moitié du lac ??). A chaque fois j'essaie de retarder l'échéance, puis la vidange est conséquente, si importante qu'à la 5° pause prostate, je….. me ….chronomètre !! (complètement tarés ces triathlètes !!!) P…….g 1'10'' !! …multiplié par 5 ça fait 6 minutes de perdues, alors qu'à la reconnaissance j'ai du m'arrêter une seule fois !!!. C'est aussi encourageant puisque si j'ai quand même de l'avance sur mon temps global, c'est que j'ai vraiment une allure supérieure à celle de la reconnaissance. Par contre, le palpitant s'affole dès que le déclivimètre affiche ne serait-ce que quelques dixièmes !! Bon sang, je veux bien être un anti-grimpeur pathologique, mais pas non plus un allergique chronique à la moindre ascension, sinon j'arriverai jamais en haut de l'iso-hard !!. Dès que c'est plat, la FC redescend et je double à foison (ceux qui m'ont déjà redoublé à mon précédent arrêt peepee, mais bon ). Va falloir caler tout ça sur la bonne graduation si on veut courir après ! Dans les descentes, j'apprécie de connaître le coin et je double des non-descendeurs pathologiques ou peut-être simplement des Mr Freeze tout congelés. Retour sur Embrun. Ah que c'est bon le grand plateau sur le prolongateur !! Déjà, on est en vue du rond point des Orres et naît alors une petite excitation à la perspective de la haie d'honneur qui nous attend sur la ligne droite tout en faut plat. Chrono, mon beau chrono, qui est le plus rapide ??? 2 minutes d'avance !! Ca colle, car si on enlève les arrêts au stand, c'est que du bon !! Cette jolie ligne droite sera un petit moment de bonheur. Je scrute à droite puis à gauche, cherchant des yeux le clan Micoud, quand j'aperçois au loin mon paternel brandir une banderole " Allez Luc ", avant d'entendre le reste de la famille crier le même refrain. Un petit coucou, je n'ai pas vu Véro, peut-être s'est-elle mise juste en face ?? Tant pis. On retrouve les Dorez, puis le clan Cini/école de triathlon à proximité du camping en remontant le parcours marathon. Quelle ambiance ! Ca promet pour la càp. Par contre ils ont pas peint la route (une idée pour 2007 ?!) Peu après le pont neuf, c'est le clan Roizot/Calais. Mais ils sont partout, les valentinois. Nous voici maintenant dans la route des contreforts que j'affectionne particulièrement. Après un petit montée, il ne faut pas se faire endormir et on peut emmener gros assez souvent, relancer sur les coups de cul, le tout sur les repose-bras. Je vois alors Eric Mechin me rejoindre avant de le laisser à son périple sur mon 6° arrêt pipi. Il trouve comme moi que la meute est partie vite, et me dit qu'il va calmer le jeu, car rien ne sert de courir, il faut ………. La FC est toujours un peu haute dans des portions où ordinairement je redescends beaucoup plus bas que ça. Je pense à m'alimenter, à boire, pour le moment, j'ai envie de tout, alors je varie au maximum. L'arrivée sur Guillestre se fait rapidement, le passage sur les abords de la ville est plus délicat, ça grimpe déjà, il ne faut pas se laisser enflammer. Une fois l'ancien pont de chemin de fer franchi, on attaque les gorges du Gil et là c'est de nouveau pour moi : faut rouler. Mais je ne me sens pas particulièrement saignant. Je m'efforce de ne pas emmener trop gros en prévision de la suite, mais là encore, la FC est assez élevée. Est-ce du à cette volonté de mouliner justement ? Depuis le début par contre ,je ne me sens pas du tout essoufflé, je n'ai pas les cuisses dures, ….si je n'avais pas mon polar, je m'estimerais largement en allure 1. Voilà un état que je n'explique pas trop, mais qui m'inquiète. Comment vais-je pouvoir finir si je suis dans les fréquences cardiaques d'un effort total de 8 heures et non de 13 ? Je rattrape Laurence, quelques mots pour savoir si les filles n'ont pas trop souffert du retour des garçons. Ca va, elle a l'air bien. Par contre en considérant qu'elle a du nager moins vite que moi, j'ai mis un certain temps quand même à lui reprendre quelques 4 minutes. J'ai presque envie de me plonger dans les " file " (dossiers en mémoire) de mon Polar, il doit toujours y avoir les temps exacts de la reco. Faut que je compare !! Oui et puis t'as qu'à prendre des notes aussi Luc, tant que t'y es. Allez pédale et arrête de penser. Tu veux une autre Maxime, " Pose le cerveau " (comme dirait Lilian Valette…. Que je n'envisage même plus de rattraper à vélo) Les gorges du Gil s'achèvent presque, c'est le moment choisi pour mon 8° arrêt pipi (" Vous faites toujours les comptes ?? "). Et là qu'entends-je ? Les deux compères Eckel et Jeckel, ou autrement dit Seb Roizot et Florian Calais qui passent, le sourire en coin. Là c'est le coup de bambou. Sitôt fini mon travail de vessie, je les rattrape en danseuse et leur pose la question qui tue " Mais vous avez mis combien pour la natation ??? " Réponse 1h07, 1h08. Ils viennent de me coller 8 minutes sur 60 bornes alors que je leur en avais pris 4 le jour de la reco ??!! Là ça commence à gigoter sec dans mon petit cerveau ! Bon d'accord je m'arrête souvent, mais bon normalement je suis parti plus vite puisque je tambourine à plus de 150 pulsations par minute, j'aurais jamais du les revoir ?! On échange alors nos impressions, Seb me dit aussi qu'il est largement plus haut que ses fréquences cardiaques habituelles, (" Ca s'entend Seb !! ") mais surtout qu'il est très content de l'avance prise sur ses temps de passage. Je me dis alors qu'ils sont partis trop vite, qu'en restant à deux, ils se tirent la bourre inconsciemment et qu'il ne faut pas trop calculer. Je me dis aussi que Florian a fait le temps vélo qu'il me faut l'an passé et que tout ça n'est rien que de plus normal. Ben oui quoi, j'essaie tout de même de trouver un peu de réconfort mince. On reste alors ensembles jusqu'à Arvieux, les spectateurs sont assez surpris de voir 3 gars du même club. Dans la montée du col, Seb se détache un peu, tout à l'énergie. Vu de loin on a l'impression qu'il relance tout le temps, il se met incessamment en danseuse, c'est son style mais il ne peut pas être en allure 1 ?! Florian s'est laissé détacher, il est plutôt comme moi, rouleur mais pas grimpeur. A la sortie de Brunissard, on croise de nouveau Mathieu Dussartre puis les supporters du TC2R. La montée n'est pas vraiment une partie de plaisir. Je ne me sens pas à l'aise du tout. J'ai un peu pris le parti de faire l'ascension sans regarder sans cesse ce gentil cardio, mais les résultats sont pas forcément meilleurs. Je ne ousffre pas du froit, j'ai enlévé le coupe-vent depuis Embrun et les manchettes dans les gorges du Gil. Avant case déserte, c'est Joël Durieux qui me lance un gentil " Allez le oueb masteur ". Redescente, avant le passage devant le photographe. Ayant pour fâcheuse habitude d'avoir l'air d'un vilain petit canard sur les photos en course, je m'efforce d'imiter mon modèle du genre en la matière. Seb Roizot, qui sourit toujours sur toutes les photos avec un naturel qui ferait presque croire qu'il passe la journée à sourire. Faut aussi avoir l'air d'un coureur, alors on relance un peu et on regarde bien le petit oiseau. Au sommet, Seb est juste devant. On échange deux, trois mots, moi c'est " Je sais pas ce que ça va donner, mais là c'est vraiment pas fantastique et je n'imagine même pas la suite ". Je viens de monter l'Isoard au moins 3 minutes plus lent que mes prévisions et le tout en palpitant plus fort. Rien de bien encourageant ! Un coup d'œil en contrebas et je vois Florian mais aussi Laurence qui a suivi ?! TTtttt les œillères, on t'a dit. Le sac ravito est déjà là, Je pioche à l'intérieur. Je n'ai pas attaqué les sandwichs embarqués ce matin, donc je laisse leurs " remplaçants ", de même avec les barres Isostar, et le petit paquet tout scotché de supplément. Je prends les gels, juste 2 barres Regain et la Power bar qui me va à merveille. Moi gros mangeur de chocolat, j'ai refait la même expérience qu'au stage. Pas de chocolat pendant une semaine, et vous croyez manger du valrhona quand vous croquez dans votre powerbar (Mais dur à ma^cher le valrhona de cette cuvée !!). Je mets mon coupe vent, remonte les manchettes et c'est parti. Dans la descente, j'aperçois une minette du clan Brett Suton à terre, mais elle a l'air entière et prête à repartir. J'essaie de distancer les compères, mais le 50x12 n'est pas adapté pour " faire " une descente à la Richard Virenque. Alors on récupère, on se met en position de recherche de vitesse, et c'est bien agréable de pouvoir couper les virages en peine gauche. Arrivée à Briançon, c'est une nuée de journaux qui nous attend par terre (" Eh les gars, c'est pas interdit d'attendre le prochain ravito pour jeter son bazar !! "). J'attaque alors le retour quand je vois Florian me repasser, facile, …et je ne peux même pas m'accrocher à distance. Bon il veut faire son meilleur temps, c'est normal, il fait l'effort (me dis-je). Le long parcours du retour me permet de voir enfin mon palpitant redescendre dans la bonne zone (moins de côtes), mais là je ne me sens plus du tout en état de faire encore quelques 6 heures d'effort. Je commence vraiment à gamberger. La côte des Vigneaux pourtant pas insurmontable installe le doute dans mon esprit. Je repense au plaisir promis sur la course et pour l'instant le bilan est maigre. Je m'étais beaucoup plus amusé le jour de la reco. Ben oui, on s'amuse aussi en faisant ces trucs de dingues. Je commence à être vidé, j'évite de penser à Champcella ou Chalvet. J'ai ni la force d'emmener gros, ni l'envie de faire sauter mon cœur en moulinant. Je suis un peu comme sur un début d'hypo, mais je sais qu'il n'en est rien car je mange beaucoup, par petites doses et très régulièrement. Je sais que c'est maintenant que je pourrais, ou aurais pu (du) gagner du temps, mais j'emmène vraiment pas du gros braquet. Un indice me conforte dans cette direction. Le jour de la reco, j'ai beaucoup alterné grand et petit plateau dans ces portions vallonnées, me faisant par là même la réflexion que le 50 / 36 n'était pas très pratique dans cette portion et qu'avec un triple à 42, j'aurais pas eu à jouer autant avec la manette de dérailleur. Et bien aujourd'hui, je suis toujours sur le 36 !! Oh mais Oh, tu vas arrêter de nous prendre le chou avec ta reco. C'est pas non plus un tableau de marche immuable !! Dans l'approche de Palong, j'ai alors un coup de " beaucoup mieux ". J'arrive au pied de la côte détendu, et même si un début de crampes survient dès le début, il se dissipe très vite et je monte plutôt pas mal. D'ailleurs le compteur est plus haut que le jour de la re….. TTtttt qu'est-ce qu'on vient de dire ? Je retrouve Patrick Estepa en spectateur dans la montée, il m'encourage. " Florian n'est pas loin (Ben j'espère il vient de me doubler) et Lilian aussi !! " Ah !! enfin un semblant de bonne nouvelle. Je le retrouve un peu plus loin et là il me dit plus rien. Bon d'accord, je dois pas être en train de fondre sur eux. Et la troisième fois que je le revois, il me demande carrément ce que je fous, et si je tiens tant que ça à en garder autant pour le marathon. Mais je garde rien du tout, mon petit Patrick, j'ai juste envie de poser ce vélo de m……et de courir, je me sens des pulsions d'éthiopien en retard pour aller à l'école et pour la première fois je saisis totalement la pulsion libératrice qui jeta Forest Gump sur les routes, à courir des années entières. Vous remarquerez au passage que l'état d'euphorie passager survenu après Les Vigneaux n'aura pas duré longtemps, mais il m'a toutefois fait passer de " Quelle merde, je m'amuse que dalle, je vais aller poser mon vélo et rentrer me coucher, ça évitera à Véro de m'attendre trop longtemps ce soir " à " P…….je vais le finir ce triathlon, y'a pas moyen et je vais prendre un pied total sur la ligne d'arrivée !! " Combien de fois me suis-je repassé le film de la dernière ligne droite, avant même de l'avoir tourné. A Nice, j'avais été très discret, baissant la tête au passage de la ligne (bien pour les photos !!), dans une grande joie mais toute intérieure, et que je regrettai ensuite de n'avoir pas partagée. Je me suis donc fait mille scénarios sur cette arrivée, mais là j'ai tellement envie de savourer que je me promets de prendre mon temps non seulement sur la ligne d'arrivée, mais aussi sur tout le dernier tour du lac et toc !!! Ca va être du crazy-finish !! Au diable le chrono, de toutes façons, y'a que les Embrunmen qui peuvent juger de ton chrono, les autres ne feront pas grande différence entre 12h30 et 13h, ou 13h30. Une pensée pour Manu Chabannes dans la descente de Réotier, je cherche les traces de sang sur la route, mais rien !! Et me voici au ravito de St Clément à l'heure où Eric….normalement attaque son marathon ( Bouh c'est pas juste !!). Le retour sur les contreforts est à des années lumière de ce que j'envisageais. Je suis planté et pense surtout à récupérer pour grimper Chalvet. Après le pont-neuf je croise Nico, Pascal et Fred Octave déjà en course à pied, puis Thierry Meister et enfin René Rovera (On me fera pas croire qu'il était venu pour finir lui !!), ça fait un triathl'aix de moins, encore un et ce sera plus facile pour le TGVR par équipes ?! Chalvet se passe plutôt bien, enfin plutôt moins pire que prévu. Fidèle à mes racines, je fais la descente " à toc " et nous voici à l'aube d'un nouvelle vie : Enfin je vais courir !!! (d'ailleurs je crois que quand j'en aurai fini avec le triple effort, c'est définitivement vers la càp que je me tournerai : encore une révélation en ce jour !! ). Transition beaucoup plus tonique que ce matin, je saute du vélo en marche et Ouile, j'ai le pied droit en feu. Souvenez-vous (ceux qui suivent encore), ces grosses douleurs sous les pieds en vélo pendant la préparation que j'avais réussi à contenir grâce à des semelles " confor'mable ". Je n'ai eu aucun souci aujourd'hui (faut dire qu'il n'a pas fait non plus un temps de Mexico), mais là en sautant du vélo. Ce que j'appelle mon coussinet plantaire droit est super sensible, je ne peux même pas poser le pied par terre. Je rejoins donc ma place en éducatif de PPG " petite fille " cloche/pied, espérant que les runings moelleuses auxquelles je rêve depuis si longtemps, le soient suffisamment ….moelleuses. Changement de maillot. Je repars avec un autre maillot vélo, les poches sont pleines : 1 Energix, 3 Elixir for mi et 2 coups de fouet, tandis que 3 autres coups de fouet et 1 Red tonic m'attendent dans le sac ravito pour le 2° tour à pied. Casquette, ceinture porte bidon. Le bidon est vide d'eau, mais j'y ai mis la poudre et le remplirai au premier ravito (3° conseil Valette). Quelques secondes pour se vaseliner les dessous de bras (je vous l'ai dit je suis sensible) Allez y'a plus qu'à !! M……..j'ai pas changé de cuissard. J'ai prévu un shorty pour la course à pied, mais il est encore là sur la chaise. Allez hop, dans la poche du maillot…., j'ai une petite idée.

Course à pied :

Je sors du parc en compagnie de François Arnaud qui entame son deuxième tour, je suis surpris d'emboîter son pas, mais je jubile de sentir que j'ai aucune sensation de jambes dures et je me sens prêt à avaler ce parcours à pied. Mais j'ai toujours mon cuissard vélo sur les fesses. A proximité du chalet où nous étions en stage, je me glisse dans le petit bois, croise 2 dames ( ??) et vais me changer à l'abri des regards indiscrets. Je donnerai mon cuissard vélo de l'autre côté du lac en passant vers le clan Micoud. Manque de chance, j'ai un homme tout rayé noir et blanc avec moi au moment de passer la smala. Je m'arrête pour un bisou de récup à mes deux chéries (on n'est pas à deux secondes près), mais je ne peux pas donner mon cuissard. Quelques kilomètres plus loin, c'est Cécile Roizot qui le récupérera toute surprise (" il se prend pour Madonna celui-là !! "), j'aurais pas aimé être obligé de le jeter à la Durance. Le début de la course à pied se passe super bien, je me force à partir lentement, j'aurais envie de lâcher les chevaux, mais je me cale de suite à la bonne FC. Et cette fois-ci je ne suis pas à 10puls trop haut. Je grimpe la côté Chamois en courant (à ma surprise), y rencontre Pierre, et les deux Fred qui me confirment que je vais avoir 2 points de mire du TGVR sans tarder en visu. Je rattrape Lilian à l'entrée de la digue, juste après un arrêt pipi (mais là tout est rentré dans l'ordre) il est déjà démotivé, et parle de ne finir que pour sa famille, et ne pense déjà plus au chrono et encore moins au plaisir. Je double Florian à la moitié de la digue non sans l'avoir averti avant (" Ouh Oh Florian j'arrriiiive "). Sur le retour je suis surpris de voir Michel Sorret (comme à Nice 2004 le Michou !!), puis Matt, Eric, Pascal, Nico dans leur deuxième tour. Le long faux plat vers Barratier s'enfile tout seul, en plus je sais qu'un super comité d'accueil Cini,Marin,Harbonnier,…. Du TGVR m'attend là bas, et j'en profite pour déconner un peu avec eux. Je m'attends à me faire passer par Nico ou Pascal mais non. J'essaie de faire des calculs de temps avec les kilomètrages indiqués au sol, mais comme on trouve au moins 2 fois chaque kilo ??!!, c'est peine perdue. J'arrive au lac juste après Eric. Et quand je le recroise il en est à 10h48' (Ouhlà, c'est pas la joie). Passage sur la ligne, les bénévoles ont déjà sorti les gels de mon sac et me les tendent en passant, même pas besoin de m'arrêter, ça ne valait pas le coup de faire l'économie de ce sac !! Au bout du lac, au semi marathon, je suis largement sur les bases de 3h45 : nickel !! Je trouve ensuite mon frangin Nicolas qui m'accompagne un moment, ainsi qu'Anna …en poussette, poussé par Papy. Je me sens toujours aussi bien. Le deuxième tour est tout aussi plaisant. Je cours même dans les côtes. Je prends enfin mon pied dans cette journée, je discute un peu avec quelques compagnons du moment, je commence à découvrir les galériens du jour au bord de la route dans leur premier tour, et je sens les regards " envieux " de ceux que je double, à la vue de mon chouchou fluo autour du cou. Je gère bien les raviots et les gels et suis bien content d'avoir emporte un bidon à la ceinture notamment pour le demi tour sur la digue ou la descente vers le lac, là où les ravitos s'espacent un peu trop. La pluie s'invite alors à 6/7 km de l'arrivée : 3 gouttes !! tout comme je l'avais demandé !!, puis elle s'arrête histoire de rentrer peinard. Le dernier tout de lac s'annonce, je ne regarde plus le chrono, je savoure, croise Jérôme qui rentre au camping (" Il a du faire un temps le bougre "), Robert qui entame son 2° tour avec le sourire (" Il prend son pied lui ça se voit, c'est cool !! "). La dernière ligne droite s'annonce, le 1er Embrunais me double, il se déchire, j'en ai pas la moindre envie, j'ai l'impression que je voudrais que ça dure !! Au début de la ligne d'arrivée, Véro me tend Anna qui veut bien faire la dernière ligne droite avec moi, mais n'a pas trop envie de courir. Tant pis, on marche, je commence déjà à lui raconter la journée, je la porte un peu, je laisse passer une famille de 4 (" Ben quoi, ils vont me boucher la vue ") et on passe la ligne tous les deux, je pense cette fois-ci à regarder le photographe (à Nice, j'avais baissé la tête), et dès que je le vois, je lui fais un signe rageur (d'où la photo colgate). Anna me demande qui va lui donner une médaille (que je lui avais promise), mais je comprends à la vue du polo, qu'il n y'aura pas de médailles cette année. Un petit tour vers la famille, contente pour moi, mais je ne sais pas trop comment réagir, je suis un peu perdu. A ce moment là, pas mal de choses se bousculent dans la tête : la satisfaction d'être arrivé en forme se confronte avec des regrets sur le chrono vélo, Je suis aussi un peu à la recherche d'une ambiance que la pluie a peut-être quelque peu gâché (y'a moins de monde que d'habitude) Je ne suis pas plus ému que ça, beaucoup moins qu'à Nice il y a 2 ans. Je pensais que j'aurais été un de ces finishers exaltés devant un public bien présent. Je me suis imaginé des milliers de fois (avant la course ou pendant) ce à quoi pourrait ressembler cette dernière ligne droite. Peut-être que je n'en ai plus la force, ou peut-être que les remerciements que l'on voudrait déjà présenter aux proches à qui on a bien gâché les vacances me freinent dans mon élan, ou peut-être parce que toute belle journée qu'elle fût, ça n'en reste pas moins que du sport et que les plus belles aventures ou les caprices de la vie sont bien ailleurs.

 

Deux jours après, les courbatures ne me gênent que dans les escaliers, alors que ce petit état d'esprit mi-figue mi-raisin durera quelques jours de plus,…avant de savourer enfin la réussite de l'aventure à travers les classements, les photos, les reportages télé, les échos des amis, etc…. Résultat : 10 jours après, on commence déjà à calculer où on pourrait gagner du temps et à se dire qu'on repartirait bien demain même si c'était possible. On est déjà à faire du vélo dans le col de la Cayolle guettant s'il nous reste de la forme pour courir encore en fin de saison.
Je pense qu'hormis le froid du début du vélo, les conditions météo étaient les miennes cette année, et qu'un marathon aussi frais, je n'y avais jamais rêvé. Trois semaines après, je suis au départ du triathlon sprint de St Barth, prenant là aussi beaucoup de plaisir à courir comme un taré pendant 1h15 pour finir sur les talons d'un gars qui mit presque 1h30 de moins que moi à Embrun.

Merci à tous ceux dont j'ai parlé dans ce roman, à ceux que j'ai oubliés, à ceux qui l'ont lu jusqu'au bout (mon roman), au clan Micoud/Grattesol, et à ma petite femme qui a passé l'hiver à me dire que c'était une connerie de faire ce truc avant de devenir ma première supportrice.

 


Refaire Embrun : pourquoi pas ?? mais pas tout de suite !!



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